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le mot du président

YOM HASHOAH 2010, Strasbourg

Union Juive Libérale de Strasbourg: Allocution de Thierry Koch, Président

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de vous être levés de bonne heure un dimanche et d’avoir répondu à notre invitation à vous joindre à cette cérémonie, puis - pour ceux qui le peuvent- à cette journée de commémoration.

Les organisateurs, parmi lesquels l’Union Juive Libérale de Strasbourg, au nom de laquelle je m’exprime, accordent une grande importance à ce que le Yom HaShoah puisse être commémoré en plein cœur de Strasbourg - comme il l’est à Paris et dans d’autres grandes métropoles.

Les organisateurs se réjouissent tout particulièrement du soutien qui leur est témoigné par le Conseil de l’Europe, la Région Alsace, le Conseil Général du Bas-Rhin, la Ville de Strasbourg et la Communauté Urbaine de Strasbourg, lesquelles ont accordé leur patronage à cette journée et en ont favorisé l’organisation. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés. Je salue leurs représentants ainsi que les diverses personnalités politiques présentes.

Je suis également très sensible au soutien apporté par de nombreuses organisations juives de Strasbourg, du Bas-Rhin et de l’Alsace au premier rang desquelles la section alsacienne du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France. Leur présence à nos côtés, depuis plusieurs années, constitue un encouragement à poursuivre dans les choix que nous avons faits et à approfondir ce travail public de mémoire, au sein de la cité.

La Shoah fut et demeure une immense tragédie pour le peuple juif. Le Yom HaShoah est donc d’abord un jour de recueillement et de souvenir pour les juifs eux-mêmes.

Ce Yom HaShoah, nous permet, à nous, juifs survivants ou descendant des survivants de la Shoah, de rappeler les noms de nos disparus. Il est d’usage dans le judaïsme, que les familles rappellent à la synagogue le nom de leurs parents, ancêtres, frères ou soeurs défunts, au jour anniversaire de leur décès.

Mais quel jour rappeler le nom d’un disparu dans la Shoah ? Le jour exact de sa mort ne nous est pas connu,… même si, le plus souvent, il ne fait guère de doute que cette mort programmée par les nazis, attendait notre parent dès sa descente du convoi. Convoi dont le numéro et la date d’arrivée à l’entrée du camp d’Auschwitz-Birkenau nous sont aujourd’hui connus par le travail des historiens de la Shoah.

Et que dire de tous ceux - une majorité - déportés par familles entières, qui n’ont plus de descendance sur cette terre. Plus personne, si ce n’est nous tous, ici rassemblés, pour prononcer ou écouter rappeler leur nom, une fois par an, lors de ce Yom HaShoah ?

Effectuer la lecture des noms, de tous les noms, relève d’une autre dimension de ce Yom HaShoah, celle de la mémoire collective et d’une prise de conscience qui interpelle l’ensemble de la société.

« Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent ». Ces paroles scandent la chanson « Nuit et Brouillard » évocatrice de la déportation, composée par le chanteur Jean Ferrat, récemment disparu, et dont le propre père Mnacha Tenenbaum fut interné à Drancy puis déporté à Auschwitz le 30 septembre 1942, alors que le chanteur avait 11 ans.

En son temps, 1963, cette chanson fut un acte de mémoire du fils pour son père mais aussi une tentative, alors rare voire déplacée, de dire quelque chose de ce qu’on ne nommait pas encore « Shoah ».

« Ils étaient des milliers ….»
  

Les victimes de la Shoah déportées à partir de la France furent au nombre d’environ 75 000 (73 800 déportés sont répertoriés dans le Mémorial Juif de la déportation de Serge Klarsfeld).

Parmi ces 75 000 Juifs déportés de France, environ 3500 étaient établis en Alsace à l’éclatement de la seconde guerre mondiale. Ce sont les noms de ces juifs alsaciens déportés que nous allons lire tout à l’heure.

« Ils étaient vingt et cent … »

Ces juifs alsaciens, disparus dans la Shoah, habitaient les grandes villes, mais aussi et surtout, les villages d’Alsace. La lecture des noms des victimes juives originaires du Bas-Rhin, sera faite ville par ville, village par village. Vingt noms ici, cent noms là. Des milliers de noms à la fin de la journée…

Dans cette lecture, nous serons attentifs à écouter les âges : particulièrement ceux des enfants et ceux des personnes âgées Nous écouterons les liens de famille entre les déportés : cela nous permettra de mieux percevoir l’horreur du crime perpétré.

Le Yom HaShoah doit nous permettre de sortir de l’abstraction, de l’immensité écrasante du crime – six millions de victimes juives – pour mieux ressentir la réalité individuelle d’un assassinat de masse. La Shoah revêt un caractère unique dans l’histoire et dans la longue suite des massacres et des génocides. Dans ces années de plomb du nazisme et de sa domination sur l’Europe, les juifs furent la principale cible de la machine concentrationnaire et des techniques d’anéantissement planifié, mis en oeuvre à une échelle et avec des moyens « industriels ».

Mais les juifs ne furent pas seuls et il revient particulièrement aux juifs de le dire. Planifiés furent aussi l’assassinat des roms (tsiganes) et l’élimination de groupes humains entiers, en raison de leur mode de vie, de leur état physique ou psychique. Les mêmes techniques qui furent utilisées pour gazer les juifs furent préalablement expérimentées sur les handicapés. Les chambres à gaz n’accueillirent pas que des juifs.

Les roms, les homosexuels, des prisonniers politiques, des résistants furent déportés dans les mêmes camps de concentration et d’extermination. Porteurs du triangle brun, rose, noir, rouge… ils furent les compagnons de la souffrance immense de nos frères juifs qui ne furent pas directement dirigés vers la chambre à gaz. Dans la commémoration de ce Yom HaShaoh à Strasbourg, c’est un honneur pour nous d’associer à la mémoire collective de nos disparus, celle des roms et des autres victimes assassinées par les nazis, et de travailler avec les associations qui en défendent la mémoire.

Commémorer Yom HaShoah, c’est lutter contre le risque ou la tentation d’un oubli qui guettent les générations présentes et futures. Moins le risque d’un effacement complet de l’histoire que celui d’une banalisation au nom d’une mémoire, qui deviendrait purement « évènementielle ». Or la Shoah demeure un « non-sens » dans la signification stricte de ce terme, un non-sens qui doit inlassablement nous interroger, interpeller notre qualité d’être humain.

Oui, commémorer Yom HaShoah, c’est participer d’une pédagogie, d’un enseignement qui, espérons-le, nous protègera d’une résurgence de la folie raciale au cœur d’une France et d’une Europe de paix.

Thierry Koch
Président de l'U.J.L.S.